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  Autre sujet de la rubrique LA FORET
  Une forêt et un château

Histoire d’une « liaison intime » entre un forêt et un château
 

 

Une sorte d’interaction et d’interdépendance semblent exister entre la forêt qui donne des moyens de financement et un château qui est le centre de gestion du domaine boisé qui se veut de plus en plus productif et façonne ce paysage forestier. Et cette intrication se révèle également à d’autres niveaux, comme si chacun se prolongeait dans l’autre, le château et la forêt.

Au niveau de la construction de l’édifice, le bois est un matériau très utilisé à l’époque. Il constitue les charpentes et les planchers, et permet ici de grandes et fortes pièces du fait des grands chênes existants. On les retrouve d’ailleurs dans la grande charpente de l’hôpital de Tonnerre. Dans la mise en œuvre des travaux du château, le bois s’avère essentiel pour les accessoires tels que les échafaudages, les supports temporaires pour le montage des voûtes ou encore pour composer les cloisons en pans de bois. La forêt est donc intégrée dans le bâtiment pour le constituer en partie. 

Ici il faut noter que les étendues boisées qui entourent le château donnent sa dénomination de « château de chasse ». Elles permettent en effet ce « sport » seigneurial. Et c’est notamment pour favoriser la chasse que des zones seront coupées. Sur le château, cette activité transparaît dans la présence de têtes de chien en haut des façades, sous les corniches, en modillons. Le statut du bâtiment et son lien à l’environnement sont donc ici représentés clairement.

Belle forêt, ressource inestimable, mais trop présente, en tout cas trop pour rendre visible de loin un château qui se voulait le symbole du pouvoir des seigneurs. Et pour cela il fallait dégager des espaces libres autour. Ajouté aux zones pour une meilleure chasse, les espaces non boisés augmentent sensiblement et commencent donc à dessiner différemment le paysage.

Si être visible est important, pouvoir observer l’est tout autant, pour de possibles ennemis mais aussi pour surveiller les autres forêts comtales et faire savoir que l’on peut les voir. De la circulation du regard à la circulation routière, il n’y a qu’un pas, qui est franchi avec l’aménagement de voies routières et même celui d’un grand carrefour, autant pour faciliter le transport des personnes et des matériaux que pour faire du château le point de mire de ces voies. Cela implique de percer la forêt, formant de loin des traits géométriques sur un fond arboré assez uni. On peut aussi faire l’hypothèse que la Renaissance n’est pas loin avec ses perspectives urbaines et sa géométrie.

Et une grande part de cette nouvelle configuration du paysage est voulue par les commanditaires et consignée dans un texte de 1570. Selon Alain Noël : « L’objectif est de créer une harmonie significative entre l’architecture si singulière du château et la forêt de Maulnes en façonnant un vaste panorama à partir de longues avenues forestières » (Les Cahiers de Maulnes, n° 4).





Bruno Choc
     
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