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  Autre sujet de la rubrique HISTOIRE
  Architecture et pouvoir

L’expression du lien entre architecture et pouvoir
 

 
La construction d’un château, et ici d’un château de chasse, a presque par définition une dimension politique. Cette dernière peut difficilement être éludée pour comprendre la genèse mais aussi le lieu d’implantation, la taille ou même la forme d’un tel édifice. Car il ne faut pas oublier que c’est avant tout, et par définition, la résidence des seigneurs en place. Il représente ainsi un habitat et dans le même temps un symbole matériel du pouvoir existant dans un territoire donné. Et le contexte politique local dépend de l’organisation politique nationale, de mariages stratégiques et autres héritages.
Les commanditaires de la construction, Antoine de Crussol et Louise de Clermont, sont les descendants de familles au pouvoir bien assis dans leur territoire respectif mais aussi à la cour. Par exemple, le grand-père d’Antoine de Crussol avait été lieutenant général du roi et gouverneur du Dauphiné. Les deux époux sont plus spécifiquement très proches de Catherine de Médicis, reine de France et régente de François II et sous la minorité de Charles IX (voir Les Cahiers de Maulnes, n° 3).
Plusieurs facteurs semblent amener à la construction du château de Maulnes en tant qu’investissement politique dans ce territoire. L’une des premières années importantes est 1563. Elle marque la fin de la première guerre de religion (1560-1563), dans laquelle était engagé militairement Antoine de Crussol. Cette période de pacification permet notamment à ce dernier de retourner à la gestion de ses terres. Il remembre alors ses possessions en Languedoc et entreprend de réorganiser le comté de Tonnerre. En 1565, le roi érige le duché d’Uzès, Louise de Clermont et Antoine de Crussol devenant ainsi duc et duchesse. Ces nouvelles attributions augmentent leur prestige jusqu’au comté de Tonnerre, qui n’avait alors plus de château. C’est dans ce contexte qu’en 1566 débute les travaux à Maulnes, l’idée et la mise au point du projet étant bien entendu plus anciennes. Et les commanditaires désiraient que ce château soit vu de loin et même qu’il soit spécial et remarquable, et si ce n’est par sa taille alors par sa forme.
Il semblerait donc que l’édifice représente la matérialisation d’une autorité sur le territoire de Tonnerre de personnages vivant à la cour, rehaussée par les nouvelles fonctions du duc. Peu occupé par des propriétaires très ponctuellement présents sur leur domaine, le château rappelle que c’est eux qui dirigent le comté, même lorsqu’ils ne sont pas là. Et pour reprendre les mots de Jean-Pierre Halévy : « Maulnes, petit édifice, devait frapper par son architecture hors du commun et pouvoir être vu de loin ».





Bruno Choc
     
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